En septembre 1776, l’entrée du cabinet de Joseph Pellerin (1684-1782) dans les collections royales est annoncée comme un événement majeur pour le Cabinet des Médailles1.
La collection de Pellerin, célèbre dans toute l’Europe savante, apportait au roi de France un ensemble exceptionnel de monnaies grecques et romaines. Elle consacrait aussi la place de Pellerin parmi les grands érudits du XVIIIe siècle, dont les Recueils de médailles (1762-1778) avaient profondément marqué l’étude des monnaies antiques, en particulier grecques.
Mais une telle acquisition posait aussi une question très concrète au garde du Cabinet : que faire des monnaies que le roi possédait déjà ?
Le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF conserve dans son « médaillier des faux » une petite série de sept pièces d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine1. Au droit figure un buste voilé de la reine, identifiée par la légende grecque « KΛEOΠATPA AIΓIΠTOY BAΣIΛIΣΣA », soit « Cléopâtre reine d’Égypte ». Au revers apparaît la tête de Marc Antoine, comme l’indique « M. ANT. » (abréviation de « ΜΑΡΚΟΣ ΑΝΤΩΝΙΟΣ »), accompagnée de l’inscription « APMENIAN KATAΔOYΛΩΣ ».
Il apparaît immédiatement à toute personne un peu familière des monnaies grecques et romaines qu’il ne peut s’agir de pièces antiques.
Pièce d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine, XVIe siècle. Argent, 10.77 g, 23 mm, 6 h (BnF, MMA, AA.GR.692)
Mardi 17 février 2026 à 12h30, à la BnF-Richelieu en salle des conférences, le deuxième cours public d’archéologie 2026 sera consacré aux multiples usages de la monnaie dans l’Antiquité :
Les Grecs et les Romains utilisaient la monnaie. Ces objets antiques nous semblent familiers, car leur forme et leur usage rappellent les pièces que nous manipulons encore. Pourtant, la monnaie antique ne servait pas uniquement à payer, en tout cas tel que nous le concevons aujourd’hui. Vincent Drost et Julien Olivier proposent d’en explorer les différentes fonctions afin de mieux comprendre son rôle dans les sociétés anciennes. Si elle était avant tout – suivant la définition d’Aristote – un moyen d’échange, de paiement et un étalon de la valeur, la monnaie pouvait aussi transmettre des messages politiques, être utilisée dans des pratiques religieuses ou encore jouer un rôle décoratif. L’ensemble de ces usages font de la monnaie une source précieuse pour découvrir la vie économique, sociale et culturelle de l’Antiquité.
Nomos de Crotone (Bruttium), vers 480-430 av. J.-C. Au revers, le graffiti “Η (I)ΑΡΟΝ ΤΟ ΑΠΟ” indique que la pièce a été consacrée au dieu Apollon (BnF, MMA, Fonds général.1760)
Ce cours sera l’occasion d’étudier la monnaie grecque à travers les différentes formes de copies dont elle a fait l’objet. L’examen portera d’abord sur les productions de faussaires, apparues presque dès l’invention de la monnaie. Seront ensuite analysés plusieurs exemples d’imitations réalisées par des peuples – notamment les Gaulois – qui ont adopté l’usage monétaire en reprenant et en détournant des modèles grecs. Enfin, seront abordés certains cas d’objets fabriqués à l’époque moderne dans le but de compléter des séries de monnaies antiques destinées aux collectionneurs.
Comme pour les précédentes années, ces séances sont l’occasion de présenter à un public large les richesses des collections de la BnF à partir d’une sélection d’objets remarquables qui sont montrés, décrits, et commentés en direct.
Faux antique (IVe siècle av. J.-C.) : le faussaire a reproduit un tétradrachme athénien en dissimulant sous une fine couche d’argent un cœur en bronze (BnF, MMA, Y 28015)
L’Institut du monde arabe, à Paris, présente jusqu’au 6 janvier 2026 l’exposition Le mystère Cléopâtre qui s’interroge sur les fondations de sa légende, la manière dont les artistes s’en sont emparés à travers les siècles et pourquoi la reine fascine-t-elle encore.
Parmi la vingtaine de prêts accordés par la BnF, se trouvent plusieurs monnaies et intailles mais aussi des costumes et des accessoires qui illustrent la réception de l’Antiquité dans les arts du spectacle au tournant du XIXe siècle.
Faux antique (IVe siècle av. J.-C.) : le faussaire a reproduit un tétradrachme athénien en dissimulant sous une fine couche d’argent un cœur en bronze (BnF, MMA, Y 28015)
Depuis l’Antiquité, l’histoire de la monnaie est marquée par la crainte du « faux ». Mais que recouvre exactement cette notion ? Elle renvoie d’abord aux pièces fabriquées par des faussaires pour tromper les usagers comme l’État, mais aussi à celles destinées à abuser les collectionneurs en quête d’exemplaires rares. Pourtant, l’imitation ne se réduit pas à la fraude. Elle peut aussi témoigner d’une appropriation : ainsi, les Gaulois ont adopté l’usage de la monnaie en imitant des modèles grecs. Les images portées par ces monnaies constituent par ailleurs un répertoire d’une richesse exceptionnelle, constamment cité, transformé et réinterprété, de l’Antiquité jusqu’à la Renaissance, où elles deviennent un véritable imagier de l’humanisme.
Cette nouvelle édition des cours de numismatique permettra de mettre en valeur les riches fonds conservés à la BnF. Des pièces remarquables y seront présentées et commentées en direct, afin d’éclairer les mécanismes de falsification, d’imitation et de réutilisation des images monétaires, de la Grèce antique à l’Époque moderne.
Toutes les conférences se tiendront sur le site Richelieu (2e) de 12 h 30 à 14 h, et sont également diffusées en direct sur la chaîne Youtube de la BnF.
Vous pouvez revoir les conférences des précédentes éditions de « l’Histoire de la monnaie en 20 objets », ainsi que d’autres vidéos consacrées aux collections numismatiques de l’institution, dans la série « La numismatique à la BnF », sur la chaîne YouTube de la BnF.
La BnF conserve un ensemble de plus de cinq cents monnaies communément appelées « tortues ». Loin de désigner des spécimens zoologiques, cette appellation fait référence aux premières émissions monétaires de la péninsule grecque, frappées à partir du milieu du VIᵉ siècle av. J.-C. par la cité d’Égine, située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d’Athènes (voir fig. 1).
Ce monnayage, le plus important par son volume à l’époque archaïque, a très tôt débordé le cadre géographique du golfe Saronique pour s’inscrire dans une aire de diffusion méditerranéenne étendue. Il a circulé bien au-delà d’Égine, atteignant l’Italie méridionale, l’Asie Mineure et jusqu’à l’Égypte, et constitua un vecteur important des échanges économiques interrégionaux.
Tétradrachme en argent, Naxos, env. 460 av. J.-C., BnF MMA Luynes 1060 sur Gallica
Le tétradrachme de Naxos du duc de Luynes est un chef-d’œuvre de la numismatique, qui a au moins deux histoires à raconter. La première prend place dans la Sicile grecque antique, au milieu du Ve siècle avant notre ère, lorsque les coins ont été gravés et que la pièce d’argent de 17g a été frappée. La seconde se déroule au XIXe siècle, lorsqu’elle a été acquise par l’un des plus grands collectionneurs français et offerte au Cabinet des Médailles, aujourd’hui département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF.
La variété des représentations animales sur les monnaies grecques fait écho aux multiples messages qu’elles véhiculent : évoquer une divinité, un mythe, un territoire, voire un Etat ou un souverain. Plus rares sont les espèces figurées pour elles-mêmes. Parmi elles, les bêtes sacrifiées aux dieux ou les animaux montés sont souvent reproduits avec un souci presque naturaliste. Ce cours sera l’occasion d’explorer la diversité de ces images et leurs interprétations.
Tétradrachme d’Erétrie, BnF, département des Monnaies, médailles et antiques
Le projet quadriennal 2024-2027 Archinumis (Archives et histoires des collections numismatiques) participe de l’effort engagé par la BnF pour retracer son histoire et celle de ses collections. Ses objectifs sont la reconstitution de l’histoire de la constitution des collections : origine géographique, éventuellement contexte historique voire archéologique de leur découverte, réseaux savants impliqués, etc. Il permettra également l’identification dans les collections des trésors monétaires ou des fractions de trésors qui ne sont actuellement pas signalés dans les tiroirs et sont donc méconnus. L’affinage du catalogage des archives en dépôt au département des Monnaies, médailles et antiques et sous la responsabilité de la mission Archives sera valorisé dans la Base archives et manuscrits (BAM) de la BnF par une numérisation massive des archives. Il permettra le signalement dans le Catalogue Général des monnaies appartenant à des trésors par la création de notices d’ensembles pour les fonds numérisés ainsi que la création de notices descriptives dans la base de données Trouvailles monétaires dédiée aux trésors monétaires et qui sera mise en ligne début 2025 par la BnF. Enfin, cet article est également l’occasion d’exposer un exemple concret mis au jour durant la première année du projet : la découverte à coups de canons de monnaies et objets encore aujourd’hui dans la collection du département.
Déesse mère vénérée dans l’Antiquité gréco-romaine, Cybèle symbolisait la fertilité, la nature et la protection. D’origine anatolienne, elle était souvent représentée assise, tourellée, sur un trône flanqué de lions, ou dans un char tiré par des lions. Cet animal accompagne Cybèle, puisque abandonnée par ses parents elle aurait été élevée par ces fauves. Son culte était célèbre pour ses cérémonies spectaculaires, tel que des rituels de castration que répétaient chaque année les prêtres de la déesse, plongeant les pratiquants dans des transes extatiques.
La vénération de Cybèle s’est répandue à travers l’Empire romain. Les Romains l’associaient à la terre, à la fécondité et à la puissance, en la considérant comme une figure maternelle et protectrice. Toutefois les pratiques rituelles pouvaient être différentes – une loi romaine interdisait la castration – mettant en avant des éléments de la nature qui font référence au mythe : par exemple le pin abattu représentant Attis mort.
Le 27 février 2024 à 12h30, Julien Olivier proposera pour la deuxième séance du cycle de cours publics d’archéologie de la BnF une conférence consacrée à la collection des monnaies ptolémaïques de la BnF.
Fort de plus de 2600 pièces produites entre la mort d’Alexandre le Grand (323 av. J.-C.) et celle de la célèbre Cléopâtre (30 av. J.-C.), le fonds des monnaies ptolémaïques de la BnF a été constitué depuis le XVIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. Ce cours vise à comprendre comment et par qui a été composé cet ensemble et à retracer le parcours de certaines pièces, parfois jusqu’à leur lieu de découverte, en Égypte ou ailleurs.
Mardi 27 février 2024 de 12h30 à 14h00
BnF Site Richelieu – Salle des Conférences
Le cours sera également diffusé en direct sur Youtube
Ce cycle sera l’occasion d’évoquer plusieurs ensembles d’objets remarquables (céramiques grecques, monnaies et bijoux antiques) à l’aune de leur parcours. Il offrira un aperçu de la complexité de la trajectoire de plusieurs pièces depuis leur découverte sur le terrain jusqu’à leur acquisition par la Bibliothèque, en passant par les choix propres d’un collectionneur. Enfin, cette exploration sera aussi l’occasion de montrer comment plusieurs de ces œuvres peuvent aujourd’hui être réinsérées dans leur contexte archéologique et fournir de nouvelles données pour écrire l’histoire.
Mnaieion de Ptolémée II Philadelphe, Alexandrie, Égypte, vers 272-261 av. J.-C. BnF, MMA, Luynes 3563
Le 16 janvier 2024 à 12h30, Julien Olivier proposera pour la première séance du cycle de cours publics dédié à l’histoire de la monnaie une conférence consacrée à la monnaie grecque.
Ce cours portera sur le déchiffrement des images et des inscriptions que comportent ces objets. Les différentes catégories d’images seront décrites, ainsi que la fonction des légendes monétaires, des symboles, etc. Au final sera interrogée la construction d’un discours élaboré à destination des utilisateurs de ces monnaies, un discours parfois subtil, mais toujours pensé pour tenir dans le creux de la main.
Mardi 16 janvier 2024 de 12h30 à 14h00
BnF Site Richelieu – Salle des Conférences
Le cours sera également diffusé en direct sur Youtube
L’ambition de ce cycle de cours est d’introduire à travers les collections de la BnF les principaux champs de l’étude des monnaies et des médailles en se fondant sur une sélection de 20 objets emblématiques qui seront présentés durant la séance.
Les Grecs choisissaient le plus souvent de représenter sur leurs monnaies les dieux, les héros, les cultes de leur cité. C’est exactement ce que firent les Thasiens lorsqu’ils composèrent l’iconographie de ce tétradrachme, dont les images font de plus écho à des éléments architecturaux qui étaient visibles de tous dans dans la ville (asty) de Thasos.
Dans ma nouvelle publication Quo vadis, Cabiria and the ‘Archeologists’, j’examine la manière dont les premiers longs métrages italiens sur l’Antiquité tels que Quo vadis? (1913) et Cabiria (1914) se sont appropriés la culture du XIXe siècle : la littérature, le théâtre et – surtout – la peinture d’artistes ‘archéologistes’ tels que Jean-Léon Gérôme, Lawrence Alma-Tadema et Georges-Antoine Rochegrosse. J’ai également cherché à explorer, notamment pour Cabiria, le rapport entre l’iconographie du cinéma et l’état de l’archéologie et des collections muséales au début du XXe siècle. Pour l’épopée Cabiria, qui se déroule en Sicile, à Carthage et à Cirta (l’actuelle Constantine) pendant la deuxième guerre punique (218-201 av. J.-C.), il s’agissait de rechercher des études sur l’archéologie de Carthage de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, mais aussi de faire des recherches, par exemple, au Musée du Louvre. Il en est ressorti que certains motifs tels que les chevaux et les éléphants ne se retrouvent pas tant dans la collection du Louvre que plutôt sur les monnaies puniques de la collection de la Bibliothèque nationale de France.