Courrier adressé par Marguerite Yourcenar à Jean Babelon le 15 juin 1951 (BnF, MMA, 2011/091/ACM45).
Il y a 75 ans cette année, en 1951, Marguerite Yourcenar publiait finalement ses Mémoires d’Hadrien, le roman historique qu’elle avait entamé un quart de siècle plus tôt. L’ouvrage prend la forme d’une lettre qu’Hadrien, l’empereur romain philosophe et voyageur qui régna entre 117 et 138 après J.-C., adresse au crépuscule de sa vie à son petit-fils adoptif Marc Aurèle. Bien que fictif, ce récit est remarquablement documenté. Marguerite Yourcenar a travaillé en véritable historienne et a compilé tous types de documents dont les monnaies, source historique incontournable. Une monnaie jouait d’ailleurs le rôle-titre dans un précédent roman de l’auteure, Denier du rêve (1934). Rien d’étonnant donc à ce qu’elle se rapproche du Cabinet des médailles de la BnF, comme en témoigne une lettre inédite datée du 15 juin 1951, dans laquelle elle sollicite une visite auprès de Jean Babelon, le directeur de l’époque. Continuer la lecture de Marguerite Yourcenar et Hadrien à la BnF : un rendez-vous manqué ?→
Du vendredi 12 au dimanche 14 juin 2026, auront lieu les Journées européennes de l’archéologie partout en France et dans une trentaine de pays européens.
Durant ces Journées, initiées par le ministère de la Culture et pilotées par l’Inrap, plus d’un millier de manifestations sont proposées sur l’ensemble du territoire national : des chantiers de fouilles aux musées en passant par les laboratoires, les acteurs de l’archéologie se mobilisent afin de partager leurs connaissances, leurs expertises, leurs métiers et leurs découvertes avec tous les publics.
Collier aux camées, Trésor de Naix – 202 – BnF, département des Monnaies, médailles et antiques, inv.56.128
La Bibliothèque nationale de France participe à cet événement ! Au cours de visites guidées d’environ 45 minutes, des chargé.e.s de collection du département des Monnaies, médailles et antiques feront découvrir les collections archéologiques de la BnF dans les salles du Musée.
Le Livre des Morts de la Dame Mérit est un très bel exemple de papyrus funéraire aux vignettes polychromes de la seconde moitié de la XVIIIe dynastie (vers la fin du XVe s. av. J.-C.). La partie conservée à la BnF mesure 197 cm, mais ses deux extrémités sont lacunaires.
En septembre 1776, l’entrée du cabinet de Joseph Pellerin (1684-1782) dans les collections royales est annoncée comme un événement majeur pour le Cabinet des Médailles1.
La collection de Pellerin, célèbre dans toute l’Europe savante, apportait au roi de France un ensemble exceptionnel de monnaies grecques et romaines. Elle consacrait aussi la place de Pellerin parmi les grands érudits du XVIIIe siècle, dont les Recueils de médailles (1762-1778) avaient profondément marqué l’étude des monnaies antiques, en particulier grecques.
Mais une telle acquisition posait aussi une question très concrète au garde du Cabinet : que faire des monnaies que le roi possédait déjà ?
Figure d’applique, “Tête d’Achélôos”, 1er quart du Ve s. av. J.-C., BnF, département des Monnaies, médailles et antiques, bronze.73.
Cette applique en bronze, de 6.5 cm de hauteur et 4.9 cm de largeur, datée du premier quart du Ve siècle av. J.-C. et fabriquée dans le monde étrusque, est destinée à être soudée à une surface métallique (casque, vase, mobilier…). Elle présente une face humaine étroite et allongée avec une longue barbe triangulaire, couvrant une grande partie des joues, marquée d’incisions longitudinales ponctuées de petits crans. Au-dessus d’une bouche aux lèvres épaisses, se dessine une moustache, finement striée, longue et droite, remontant légèrement sur les joues. De part et d’autre du front orné de plusieurs rangs de volutes gravées, partent des cornes et en-dessous des oreilles (dont celle de droite est cassée).
Ce visage est une représentation du dieu Achélôos. Divinité fluviale la plus célèbre et la plus vénérée de la mythologie grecque, prisée également par les Étrusques comme l’atteste, entre autres, cette applique, Achélôos est également le plus grand cours d’eau de la Grèce, limite entre l’Étolie et l’Acarnanie.
Mardi 12 mai 2026 à 12h30, à la BnF-Richelieu, en salle des conférences, Louise Détrez parlera de l’usage des vases grecs antiques dans le cadre des cours publics d’archéologie de la BnF :
Les textes antiques nous renseignent-ils sur les noms, et partant, l’utilisation des vases grecs ? Une question qui n’a pas manqué d’intéresser la Bibliothèque nationale, voilà près de deux siècles, à l’occasion d’une véritable controverse. Mais au-delà de ces sources écrites parfois tardives, que nous disent les images qui mettent en scène la vaisselle des Anciens ? Que révèlent les contextes dans lesquels on a découvert ces céramiques ? Et que nous apprennent leur état matériel sur leur emploi ? Autant de paramètres que l’on s’efforcera de prendre en compte pour explorer les usages variés des diverses formes de vases chez les Grecs.
Coupe laconienne à scène bachique : deux danseurs devant un cratère (en haut), deux oiseaux encadrant un lotus (en bas). Vers 560 av. J.-C. (BnF, MMA, De Ridder 192)
Mardi 14 avril 2026 à 12h30, à la BnF-Richelieu, en salle des conférences, Véronique Dasen parlera du jeu dans l’Antiquité dans le cadre des cours publics d’archéologie de la BnF :
À travers des pièces issues de contextes funéraires, votifs ou domestiques, ce cours interroge la valeur sociale, symbolique et religieuse du jeu dans l’Antiquité. Parmi les œuvres majeures sera examinée l’urne en marbre d’époque romaine de Margaris, représentant une esclave s’adonnant au jeu des latroncules avec son maître Marcus Allius Herma. Cette scène déploie un discours visuel original sur l’amour conçu comme conquête et sur la séduction comme tactique, tout en valorisant une relation fondée sur le plaisir partagé et la réciprocité. Elle révèle aussi une agentivité féminine inattendue et peut-être l’espoir d’une complicité prolongée au-delà de la mort.
Achille et Ajax jouant au pente grammai. Amphore attique, Peintre de Munich 1519, 4e quart du 6e siècle av. J.-C. (BnF, MMA, De Ridder.232)
Le mardi 7 avril 2026 à 18h15, dans l’auditorium Jacqueline Lichtenstein de l’Institut national d’histoire de l’art, Vincent Drost, Maxence Garde et Julien Olivier présenteront les trésors d’or romains de Tarse et d’Aboukir, conservés respectivement à la Bibliothèque nationale de France et au musée de la Fondation Calouste Gulbenkian.
Le trésor de Tarse, aujourd’hui conservé à la BnF, compte parmi les ensembles monétaires antiques les plus remarquables et les plus prestigieux connus à ce jour. Il se compose notamment de monnaies d’or romaines, accompagnées de grands médaillons de tradition grecque, d’une rareté exceptionnelle. Ces derniers ne trouvent de véritable équivalent que dans les médaillons issus du trésor d’Aboukir, découvert en Égypte et actuellement conservé à la Fondation Calouste Gulbenkian, à Lisbonne.
Cette conférence offrira une occasion unique de mettre en regard ces deux trésors majeurs de l’Antiquité, grâce à une présentation conjointe organisée à Paris et en liaison directe, en duplex, avec Lisbonne.
Médaillon du trésor de Tarse, vers 222-235 ap. J.-C. Or, 98,7 g, 67 mm (BnF, MMA, F 1671)
Grande tête féminine, Idalion, terre cuite, H. 29,5 cm, l. 18 cm, BnF, MMA reg.A.426.5
Cette tête monumentale modelée dans l’argile recouverte d’une engobe, aux traits rehaussés de peinture rouge et noire, est celle d’une femme, parée en son front du disque solaire surmonté du croissant de lune, portant un large couvre-oreille et des pendants sur de longues et abondantes mèches de cheveux, larges et incisées en volutes ou en nattes.
L’iconographie pourrait suggérer une représentation de la Grande déesse de Chypre, céleste, associée aux deux astres1, ou d’une grande prêtresse de la déesse, l’iconographie n’étant pas forcément distinguée2.
Sur ce motif dans la numismatique chypriote, voir O. Masson, “Notes de numismatique Chypriote, III-V”, Revue numismatique 24, 1982, p.11 en ligne sur Persée.fr. [↩]
J. Karageorghis, La grande déesse de Chypre et son culte, à travers l’iconographie, de l’époque néolithique au VIème s. a.C., CMO 5, 1977, Lyon, p. 218, en ligne sur Persée.fr. [↩]
En avril dernier, Mathys Seiller mettait en avant, sur ce même carnet, Jean-Baptiste Adanson, un voyageur du XVIIIe siècle disparu de la mémoire, distancé par la publication de la Description de l’Égypte. Ce dernier ne fut pas le seul à être complètement oublié : Jean Dujardin, coptisant et chargé de mission en Égypte par le ministère de l’Instruction publique en 1838, le fut également, laissant à la postérité ses papiers, regroupés en trois volumes, dans les collections du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.
De Tours au Caire : la vie mouvementée de Jean Dujardin
Jean Dujardin est né à Tours le 18 Germinal, an VII (7 avril 1799). Il est issu de l’union d’Albert Joseph Dujardin, horloger, et de son épouse, Marie Sophie Rondeau1.
Son frère cadet se prénomme Félix et fut doyen de l’université de Rennes à partir de 1842, biologiste de renom2 et chevalier de la Légion d’honneur. Aucune information sur son enfance n’a, pour l’heure, été retrouvée, mise à part une forte insistance sur un cadre familial modeste3.
Acte de naissance de Jean Dujardin, archives départementales d’Indre-et-Loire, cote 6/NUM8/261/025 p. 130-131.
Acte de naissance de Jean Dujardin daté du 19 Germinal, An VII, un jour après sa naissance. Sur ce dernier, nous apprenons également le nom de ses grands-parents, Jean Baptiste Joseph Dujardin et sa femme Françoise Rocher, ou encore la ville et la date de mariage de ses parents. [↩]
P. Larousse, «DUJARDIN (Félix)», Grand dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique…. T. 6, 1870,p. 1364 ; J. Brossollet, «DUJARDIN Félix (1801-1860)», Universalis. [↩]
Selon l’ouvrage de Larousse précédemment cité, Félix est décrit comme « fils d’un pauvre horloger ». [↩]
Mardi 17 mars 2026 à 12h30, à la BnF-Richelieu en salle des conférences, pour le troisième cours public d’archéologie 2026, Violaine Jeammet et Sophie Descamps-Lequime parleront des usages votifs des terres cuites et des bronzes grecs
Pour les musées qui ne sont pas directement associés à des sites archéologiques, il est quasiment impossible de préciser la destination originelle des œuvres qui y sont conservées, pour peu que leur provenance et surtout leur contexte de découverte n’aient pas été spécifiés au moment de leur acquisition : c’est donc une véritable gageure de faire la part entre objets du quotidien, mobilier funéraire et offrandes votives. Par ailleurs, certaines pièces, conçues pour accompagner les vivants, ont pu être déposées secondairement dans une sépulture ou être consacrées à une divinité. Comment distinguer alors les ex-voto des autres ? Existe-t-il des indices irréfutables ? Tout en évoquant les limites d’un tel exercice, il sera question d’identifier durant cette séance les terres cuites et les bronzes grecs qui, parmi les antiques de la BnF, sont assurément des œuvres votives ou pourraient y être apparentées.
Les figurines en terre cuite se signalent, dans le monde grec, par l’ambivalence de leur destination, les mêmes thèmes iconographiques ou typologiques se retrouvant indifféremment dans ces différents contextes ; la spécificité cultuelle de ces œuvres, hors contexte archéologique, reste donc très délicate à établir. Certains lots néanmoins, notamment en Grande-Grèce, semblent plus spécifiquement attachés à des sanctuaires : ainsi des milliers de figurines provenant du « Fondo Giovinazzi » de Tarente, qui correspond à une zone de sanctuaire, cependant étroitement liée à la nécropole voisine.
Dans le domaine des bronzes, les pièces anatomiques des sources de la Seine, sommairement exécutées pour être offertes par des fidèles dans l’espoir d’une guérison ou parce qu’ils ont été épargnés par la maladie, sont des ex-voto, de même que les œuvres – elles sont rares – qui présentent une dédicace, parfois gravée dans la cire du modèle intermédiaire, parfois après la coulée, ou encore des statuettes mises au jour sur l’acropole d’Athènes.
Le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF conserve dans son « médaillier des faux » une petite série de sept pièces d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine1. Au droit figure un buste voilé de la reine, identifiée par la légende grecque « KΛEOΠATPA AIΓIΠTOY BAΣIΛIΣΣA », soit « Cléopâtre reine d’Égypte ». Au revers apparaît la tête de Marc Antoine, comme l’indique « M. ANT. » (abréviation de « ΜΑΡΚΟΣ ΑΝΤΩΝΙΟΣ »), accompagnée de l’inscription « APMENIAN KATAΔOYΛΩΣ ».
Il apparaît immédiatement à toute personne un peu familière des monnaies grecques et romaines qu’il ne peut s’agir de pièces antiques.
Pièce d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine, XVIe siècle. Argent, 10.77 g, 23 mm, 6 h (BnF, MMA, AA.GR.692)
Le département de la Musique de la BnF a acquis en 2025 un projet de décor de Jean-Baptiste Isabey pour L’Enfant prodigue, un ballet-pantomime du chorégraphe Pierre Gardel, créé à l’Opéra de Paris en 1812. Auparavant conservé en région lyonnaise chez un particulier, ce dessin a fait son apparition sur le marché de l’art à la faveur d’une succession. Passé en vente chez Aguttes le 1er avril 20251, il a pu être préempté par la Bibliothèque nationale de France et rejoindre les collections de la Bibliothèque-musée de l’Opéra. Jusqu’à cette date, il n’était connu qu’indirectement, par une estampe publiée en 1830, et par le dessin préparatoire à celle-ci qu’avait réalisé le gendre d’Isabey : Pierre-Luc-Charles Cicéri. Ce dessin vient donc enrichir la documentation existante et compléter une lacune importante en s’ajoutant aux deux autres projets d’Isabey connus pour ce même spectacle. On se propose, dans le présent billet, de faire un état des lieux de l’iconographie relative à ce spectacle et de pénétrer dans l’atelier du peintre afin de mieux comprendre comment, sous l’Empire, l’égyptomanie trouvait son illustration sur la première scène lyrique et chorégraphique.
Suite à la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922, l’égyptomanie fait de nouveau irruption sur les scènes parisiennes : le 5 mai 1934, la première de l’opérette « Tout-Ank-Amon » se tient à l’Opéra-comique1.
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L’Intransigeant, 4 mai 1934, p. 8
La pièce raconte sur un mode burlesque les aventures du roi, surnommé « Toutou », lassé de son épouse Dakhamon, poursuivie par l’ambassadeur crétois Karos, lui-même amoureux de la prêtresse Nefertiti et dont la femme cherche à séduire le pharaon.
Arnaud Saura-Ziegelmeyer, que je remercie pour nos échanges, a étudié la partition de cette opérette à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu en 2022 : Saura-Ziegelmeyer, Arnaud, « Tout Ank Amon de Maurice Perez et Victor Périer : enquête autour d’une éphémère comédie lyrique » dans Jean-Marcel Humbert et Eugène Warmenbol (dir.), Toutankhamon et l’égyptomanie au XXe siècle, Leyde, Brill, à paraître [↩]
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