La Bibliothèque nationale de France conserve un nombre conséquent de portraits, tant littéraires qu’iconographiques, d’une femme impériale romaine aujourd’hui quelque peu tombée dans l’oubli : Julia Mammaea1. Parmi les causes de cette désaffection à son égard figure sans doute le fait qu’elle était la mère de l’« excellent » mais « timoré » empereur Sévère Alexandre2, qui régna de 222 à 235, et dont l’assassinat coïncida avec l’ouverture d’une période troublée pour l’Empire, dans le sens où les empereurs qui lui succédèrent demeurèrent fort peu de temps en place. En outre, Mammaea était perçue par certains auteurs anciens comme exemplaire du point de vue de ses mœurs, au contraire d’autres femmes à la mauvaise réputation, telles Messaline, Agrippine ou Faustine la Jeune. Ce qui ne signifie pas que Mammaea3 ait été à l’abri de certains défauts : selon les dires des mêmes auteurs qui critiquent le caractère timoré de l’empereur, elle aurait exercé une influence non négligeable sur ce dernier, jusqu’à leur assassinat conjoint en 235, et ne souffrit aucun rival dans l’exercice du pouvoir. Par ailleurs, son avarice et ses mauvais conseils lui auraient aliéné l’appui de l’armée qui conspira la perte de la mère et du fils au profit de Maximin le Thrace. C’est en partie en raison de ces défauts supposés que Mammaea connut une certaine postérité au lendemain de sa mort. Après tout, n’était-elle pas sortie de l’ombre à laquelle son état de femme la condamnait ?
Sa mémoire ne tomba, cependant, jamais dans l’oubli. Nous en voulons pour preuves les nombreuses mentions de son nom et de ses actes dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. L’analyse de quelques documents s’échelonnant entre la première moitié du IIIe siècle et le règne de Louis XV le démontrera.
Mammaea dans le monnayage provincial : échos du discours impérial
Le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF conserve plus de 300 monnaies à son effigie, principalement en bronze et en billon4. Le site du projet Roman Provincial Coinage recense quant à lui pas moins de 812 types monétaires répartis dans l’Orient romain [fig. 1]. Néanmoins, ce chiffre reste peu élevé vis-à-vis d’autres femmes impériales telles Livie, la première impératrice ou encore Julia Domna, la propre tante de Mammaea.

- Nous tenons à remercier les correcteurs et correctrices, notamment Julien Olivier, qui a consacré une grande attention à la relecture du billet. [↩]
- D’après Hérodien, Histoire des empereurs romains, de Marc Aurèle à Gordien III (livre VI), Julien, Césars (X) et Zosime, Histoire nouvelle (I, 12, 2). [↩]
- Dans les textes, le personnage est appelé « Mammaea » ou « Mamaea ». « Julia » correspond à son nomen ou nom de famille mais, conformément à l’usage romain, il n’est guère usité par les auteurs anciens [↩]
- Un alliage mêlant de l’argent et de grandes quantité de cuivre. [↩]


