Le département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France conserve une représentation d’un ensemble funéraire qui constituerait un des témoins les plus anciens de la présence d’une momie dans un cabinet de curiosités, celui du peintre Pierre Paul Rubens, remontant au début du 17e siècle.1
Dès qu’on évoque l’histoire de l’égyptomanie ou de la fascination des momies, ce feuillet est fréquemment cité.2 En effet l’histoire de ce dessin comme le parcours du sarcophage et de sa momie sont riches d’enseignement sur les premières collections égyptologiques en Europe. Ce billet se propose de rassembler les informations disponibles non seulement sur l’objet représenté mais aussi sur le document graphique lui-même et son contexte de production.
Dessin de la momie emmaillotée avec son cartonnage, à l’intérieur d’un sarcophage, avec le dessin de la cuve, du masque et de deux statuettes en bronze de Ptah et d’Osiris, Manuscrits, Dupuy 667, f. 104 sur Gallica
Pour une recension des momies dans les cabinets, voir Renan Pollès, La momie: de Khéops à Hollywood : généalogie d’un mythe, Paris, 2001, p. 46-53, où on devine que le témoignage le plus ancien serait la mention en 1608 par le tchèque Christoph Harant d’une momie entière à la cour impériale de Bohème qu’il pense égyptienne. [↩]
Déesse mère vénérée dans l’Antiquité gréco-romaine, Cybèle symbolisait la fertilité, la nature et la protection. D’origine anatolienne, elle était souvent représentée assise, tourellée, sur un trône flanqué de lions, ou dans un char tiré par des lions. Cet animal accompagne Cybèle, puisque abandonnée par ses parents elle aurait été élevée par ces fauves. Son culte était célèbre pour ses cérémonies spectaculaires, tel que des rituels de castration que répétaient chaque année les prêtres de la déesse, plongeant les pratiquants dans des transes extatiques.
La vénération de Cybèle s’est répandue à travers l’Empire romain. Les Romains l’associaient à la terre, à la fécondité et à la puissance, en la considérant comme une figure maternelle et protectrice. Toutefois les pratiques rituelles pouvaient être différentes – une loi romaine interdisait la castration – mettant en avant des éléments de la nature qui font référence au mythe : par exemple le pin abattu représentant Attis mort.
À partir du VIe siècle avant notre ère, la cité de Cyzique se démarque par une production considérable de monnaies en électrum aux motifs variés.
Les monnaies de Cyzique sont aisément reconnaissables par leur revers marqué d’un simple carré creux quadripartite et par la présence d’un thon inclus dans le sujet principal, au droit. Passés ces premiers éléments, cette production monétaire se distingue par une incroyable diversité dans le choix des iconographies utilisées pour illustrer chaque type. Il existerait plus de 300 types différents !
Figure 1 : Statère d’électrum de Cyzique (Mysie) représentant Gaïa, déesse de la terre, tendant Érichthonios à Athéna, absente du cadre. BnF, MMA, M.1060.
Pour avoir autant de diversité il faut parfois être inventif ou aller chercher dans les mythes et images de cités étrangères. Cette monnaie (figure 1), par exemple, représente la “naissance” d’Érichthonios. Considéré comme l’un des premiers, si ce n’est le premier roi de l’Attique, ce personnage est lié à la cité d’Athènes.
Le mythe, relaté par de nombreuses sources antiques, raconte ceci :
Au IIe siècle de notre ère, en Gaule narbonnaise, l’exercice physique est une affaire divine. En effet, sur la panse de ce petit balsamaire en bronze issu de la collection du comte de Caylus, retrouvé à Sisteron, ancienne Segustero, dans les Alpes-de-Haute-Provence, on assiste à une compétition de lutte à laquelle participent deux couples de lutteurs.
Le 15 mars 44 avant notre ère, le jour des ides de mars, Jules César meurt de 23 coups de couteau assénés par une conjuration de sénateurs. Cet acte est revendiqué par le plus célèbre de ces assassins, Brutus, sur d’emblématiques monnaies, tel ce denier en argent.
A l’occasion de la nouvelle année, les Romains avaient pour coutume d’offrir des présents (strenae, d’où nos étrennes). L’empereur ne dérogeait pas à la règle et distribuait alors à son entourage de spectaculaires monnaies d’or, comme ce médaillon frappé en 319 au nom de Licinius II. Son poids de 20 g fait de cette monnaie exceptionnelle un multiple valant 4 ½ solidi (le solidus, l’unité en or, pèse environ 4,5 g). Sa valeur d’échange était à la hauteur de son caractère honorifique.
L’iconographie du revers est de circonstance puisqu’elle représente les quatre saisons de l’année. Les Romains représentaient parfois les saisons sous la forme d’allégories féminines, comme sur le « Vase des Saisons » exposé dans le Musée de la BnF. Le type monétaire, apparu à la fin du IIe siècle ap. J.-C., montre quant à lui des personnages masculins engagés dans une danse, des Génies plutôt que des enfants à en juger par leur musculature développée. De gauche à droite se succèdent les saisons dotées d’attributs : le Printemps porte un panier de fleurs sur la tête ; l’Été joue de sa faucille pour moissonner ; l’Automne retient un chevreau de la main droite et porte une assiette de fruits dans la main gauche, symbolisant notamment les vendanges ; l’Hiver, vêtu de la tête aux pieds contrairement aux autres Génies nus, porte sur l’épaule droite une branche à laquelle sont suspendus deux canards et tient un lapin de la main gauche pour évoquer la chasse. La scène illustre le renouvellement cyclique des ressources prodiguées par la nature. En découlent les « temps heureux » invoqués à travers la légende FELICIA TEMPORA.
Les Grecs choisissaient le plus souvent de représenter sur leurs monnaies les dieux, les héros, les cultes de leur cité. C’est exactement ce que firent les Thasiens lorsqu’ils composèrent l’iconographie de ce tétradrachme, dont les images font de plus écho à des éléments architecturaux qui étaient visibles de tous dans dans la ville (asty) de Thasos.
[Safara?], Paris, 1937, bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13L’exposition universelle de 1937, dénommée Exposition internationale des arts et techniques, s’est tenue à Paris du 25 mai au 25 novembre. Elle accorde 2.400 m2 à l’Égypte, dans un contexte international en ébullition, où le pavillon dominé par l’aigle et la croix gammée fait face à la sculpture de l’ouvrier et de la kolkhozienne portant haut la la faucille et le marteau.
La vitrine du musée de la BnF consacrée à l’enfance présente une monnaie romaine à l’iconographie particulièrement originale : au revers, deux têtes d’enfants sortent de cornes d’abondance entrelacées entre lesquelles se trouve un caducée ailé. Derrière cette image en apparence pacifique se cache une réalité qui l’est bien moins, dans un contexte de luttes de pouvoir intestines au sein de la dynastie julio-claudienne.
Sesterce au nom de Drusus frappé à Rome sous le règne de Tibère, en 22 ou 23 apr. J.-C. Département des Monnaies, médailles et antiques, Fonds général 938, BNCMER II, Tibère 72
Ce sesterce en orichalque (laiton), d’un diamètre de 34 mm et d’un poids de 28,52 g, a été frappé à Rome en 22 ou 23 après J.-C. À l’avers, il porte le nom de Drusus1, fils de l’empereur Tibère. L’autorité émettrice est toutefois le Sénat de Rome, comme indiqué au centre par les lettres S C (senatus consulto, signifiant « avec l’accord du Sénat »). Au revers, les deux jeunes enfants représentés sont les fils jumeaux de Drusus, Germanicus Gemellus et Tiberius Gemellus, nés en 19.
Il est rare de conserver pour les papyrus égyptiens d’époque pharaonique découverts avant le milieu du XIXe siècle une idée de leur présentation originale. Quelques documents conservés à la Bibliothèque illustrent le choix de documenter l’artefact au moment du déroulement et de l’encadrement du papyrus pour en conserver une mémoire.
L’Egyptien 214 (anciens n° d’inventaire: Cabinet des médailles 1382 et Manuscrits Egyptien 144) est une lettre datant du IVe siècle avant J.-C. environ, comportant douze lignes en démotique sur le recto ou côté perfibral (sens horizontal des fibres). Cette lettre était transportée et conservée roulée. Le dessin, légendé “la même lettre liée d’un fil et scellée, avant d’être déroulée”, est peint sur calque, contrecollé sur le carton crème destiné à servir de montage de présentation du papyrus. Il témoigne que la lettre était restée cachetée, maintenue par un lien et sécurisé au centre par une bulle de terre crue sur laquelle avait été apposé un sceau: on devine un motif imprimé dans une dépression circulaire. Le texte se trouvait roulé à l’intérieur, tandis que sur le verso, une seule ligne, “l’adresse”, est visible sur la face opposée au scellé.
Le médaillier des faux du département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF – habituellement nommé Cabinet des médailles –renferme quelques milliers de monnaies grecques. Beaucoup sont des copies plus ou moins convaincantes de monnaies authentiques, fabriquées par des faussaires espérant berner les amateurs de monnaies anciennes. Plus rares sont les pièces reconnues comme fausses qui constituaient aussi une nouveauté, ce que les spécialistes nomment un « inédit », soit une monnaie présentant une iconographie, une légende, un détail, etc., jusque-là inconnu.
La monnaie cotée AA.GR.27101 appartient résolument à cette seconde catégorie. Il s’agit d’une pièce d’or pesant 5,32 g – une drachme ? – avec au droit une tête féminine à droite pourvue de boucles d’oreille et d’un collier – Artémis -, et au revers d’un lion agressif à droite surmonté de l’inscription grecque MAΣΣA. L’iconographie et la légende renvoient aux séries monétaires de la cité de Massalia, l’antique Marseille.
Si d’importantes émissions d’argent de de bronze sont attribuées à l’atelier massaliote, aucun monnayage d’or n’a à ce jour été assigné à cette cité . En 1771 déjà Jules-François-Paul de Fauris de Saint-Vincent (1718-1798), éminent numismate d’Aix-en-Provence, évoquait ainsi le sujet :
Atelier Nadar, Sarah Bernhardt. Porte Saint-Martin. Théodora. Photographie. 1884. Département des Estampes et de la photographie, NA-238 (7)-FT 4.
Cette photographie prise en 1884 représente Sarah Bernhardt (1844-1923), “monstre sacré” du théâtre, en Théodora, épouse de Justinien et impératrice de Byzance dans la pièce éponyme de Victorien Sardou.
Elle provient d’un des albums de référence de l’Atelier Nadar conservés par le département des Estampes et de la photographie. Acquis par l’État en 1949-1950 auprès de la fille de Paul Nadar, le fonds de l’atelier est conservé en partie à la BnF (albums de référence, inventaires alphabétiques des albums et tirages originaux au département des Estampes et de la photographie ; archives entre ce département et celui des manuscrits).
Grand Camée de France. Rome, premier quart Ier siècle. Sardonyx, H. 31 cm, l. 26,5 cm. BnF, MMA, Camée.264.
Œuvre phare du musée de la BnF, le Grand Camée, appelé également Camée de France, est un legs exceptionnel de l’Antiquité. Désormais présenté dans la galerie Mazarin, il y retrouve l’essentiel des œuvres qui l’accompagnaient dans le Trésor de la Sainte Chapelle. Il convient donc de revenir rapidement sur cette pierre gravée hors du commun.
Suscité au Ier siècle de notre ère par une commande émanant du cercle restreint de la première dynastie à régner sur l’empire romain (les Julio-Claudiens), ce camée est gravé sur une sardonyx (ou sardoine) de dimensions inaccoutumées (31 x 26,5 cm) présentant cinq couches colorées différentes ce qui a permis au graveur de développer un ambitieux discours iconographique qui, au-delà de la prouesse technique et de la qualité artistique, supporte un programme politique qui est une source précieuse pour l’historien.
Plaquette, bronze, Moderno, fin du XVe siècle (BnF, MMA, AV.2534)
Cette plaquette Renaissance en bronze conservée au département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF est ornée d’un thème célèbre de la geste d’Héraclès/Hercule : le héros en train d’étouffer le lion de Némée.
Moderno (Galeazzo Mondella ? 1467-1528) a exécuté plusieurs plaquettes qui sont autant de variations de ce motif. Elles ont été très largement reproduites et diffusées dès le XVIe siècle, signe de leur succès.
Les plaquettes – qu’il est possible de définir comme des estampes en relief – permettent en effet la circulation, pendant la Renaissance, d’une iconographie qui fait la part belle à l’antique. Les collectionneurs de l’époque font ainsi surmouler des camées et des intailles antiques, ou de petits reliefs qui s’inspirent de l’Antiquité.