En cette rentrée 2026, l’équipe du carnet L’Antiquité à la BnF a rassemblé pour vous une sélection de ressources BnF ou d’autres institutions disponibles en ligne (conférences, cours, publications…) ainsi qu’une série d’expositions en cours ou à venir, en France et à l’étranger.
Bonne lecture et bonnes découvertes !
Papyrus funéraire de la Dame Merit (début), Égypte, XVIIIe dynastie. BnF, MMA, inv. 53.2.
La Bibliothèque nationale de France conserve un nombre conséquent de portraits, tant littéraires qu’iconographiques, d’une femme impériale romaine aujourd’hui quelque peu tombée dans l’oubli : Julia Mammaea1. Parmi les causes de cette désaffection à son égard figure sans doute le fait qu’elle était la mère de l’« excellent » mais « timoré » empereur Sévère Alexandre2, qui régna de 222 à 235, et dont l’assassinat coïncida avec l’ouverture d’une période troublée pour l’Empire, dans le sens où les empereurs qui lui succédèrent demeurèrent fort peu de temps en place. En outre, Mammaea était perçue par certains auteurs anciens comme exemplaire du point de vue de ses mœurs, au contraire d’autres femmes à la mauvaise réputation, telles Messaline, Agrippine ou Faustine la Jeune. Ce qui ne signifie pas que Mammaea3 ait été à l’abri de certains défauts : selon les dires des mêmes auteurs qui critiquent le caractère timoré de l’empereur, elle aurait exercé une influence non négligeable sur ce dernier, jusqu’à leur assassinat conjoint en 235, et ne souffrit aucun rival dans l’exercice du pouvoir. Par ailleurs, son avarice et ses mauvais conseils lui auraient aliéné l’appui de l’armée qui conspira la perte de la mère et du fils au profit de Maximin le Thrace. C’est en partie en raison de ces défauts supposés que Mammaea connut une certaine postérité au lendemain de sa mort. Après tout, n’était-elle pas sortie de l’ombre à laquelle son état de femme la condamnait ?
Sa mémoire ne tomba, cependant, jamais dans l’oubli. Nous en voulons pour preuves les nombreuses mentions de son nom et de ses actes dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. L’analyse de quelques documents s’échelonnant entre la première moitié du IIIe siècle et le règne de Louis XV le démontrera.
Mammaea dans le monnayage provincial : échos du discours impérial
Le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF conserve plus de 300 monnaies à son effigie, principalement en bronze et en billon4. Le site du projet Roman Provincial Coinage recense quant à lui pas moins de 812 types monétaires répartis dans l’Orient romain [fig. 1]. Néanmoins, ce chiffre reste peu élevé vis-à-vis d’autres femmes impériales telles Livie, la première impératrice ou encore Julia Domna, la propre tante de Mammaea.
Fig. 1 : répartition des ateliers monétaires ayant émis des monnaies au portrait de Julia Mammea (Source : RPConline).
Nous tenons à remercier les correcteurs et correctrices, notamment Julien Olivier, qui a consacré une grande attention à la relecture du billet. [↩]
D’après Hérodien, Histoire des empereurs romains, de Marc Aurèle à Gordien III (livre VI), Julien, Césars (X) et Zosime, Histoire nouvelle (I, 12, 2). [↩]
Dans les textes, le personnage est appelé « Mammaea » ou « Mamaea ». « Julia » correspond à son nomen ou nom de famille mais, conformément à l’usage romain, il n’est guère usité par les auteurs anciens [↩]
Un alliage mêlant de l’argent et de grandes quantité de cuivre. [↩]
Les Celtes commencent à frapper monnaie dès le IIIᵉ siècle avant notre ère, d’abord en or, puis en argent et en bronze. Au cours du Ier siècle avant notre ère, certaines autorités émettrices introduisent encore un nouvel alliage monétaire : le laiton1. Le projet Celtic Brass Coins se propose d’étudier cette innovation à l’échelle de la Gaule afin d’en comprendre les modalités d’adoption, les choix techniques qui l’accompagnent ainsi que ses implications économiques et politiques dans le contexte de la fin de l’âge du Fer. En s’appuyant sur l’analyse de plus de 4 000 monnaies – principalement des collections de la BnF – et 2 000 objets, il vise également à mieux appréhender le rôle des autorités émettrices et des réseaux d’échanges dans la diffusion de cet alliage.
En septembre 1776, l’entrée du cabinet de Joseph Pellerin (1684-1782) dans les collections royales est annoncée comme un événement majeur pour le Cabinet des Médailles1.
La collection de Pellerin, célèbre dans toute l’Europe savante, apportait au roi de France un ensemble exceptionnel de monnaies grecques et romaines. Elle consacrait aussi la place de Pellerin parmi les grands érudits du XVIIIe siècle, dont les Recueils de médailles (1762-1778) avaient profondément marqué l’étude des monnaies antiques, en particulier grecques.
Mais une telle acquisition posait aussi une question très concrète au garde du Cabinet : que faire des monnaies que le roi possédait déjà ?
En avril dernier, Mathys Seiller mettait en avant, sur ce même carnet, Jean-Baptiste Adanson, un voyageur du XVIIIe siècle disparu de la mémoire, distancé par la publication de la Description de l’Égypte. Ce dernier ne fut pas le seul à être complètement oublié : Jean Dujardin, coptisant et chargé de mission en Égypte par le ministère de l’Instruction publique en 1838, le fut également, laissant à la postérité ses papiers, regroupés en trois volumes, dans les collections du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.
De Tours au Caire : la vie mouvementée de Jean Dujardin
Jean Dujardin est né à Tours le 18 Germinal, an VII (7 avril 1799). Il est issu de l’union d’Albert Joseph Dujardin, horloger, et de son épouse, Marie Sophie Rondeau1.
Son frère cadet se prénomme Félix et fut doyen de l’université de Rennes à partir de 1842, biologiste de renom2 et chevalier de la Légion d’honneur. Aucune information sur son enfance n’a, pour l’heure, été retrouvée, mise à part une forte insistance sur un cadre familial modeste3.
Acte de naissance de Jean Dujardin, archives départementales d’Indre-et-Loire, cote 6/NUM8/261/025 p. 130-131.
Acte de naissance de Jean Dujardin daté du 19 Germinal, An VII, un jour après sa naissance. Sur ce dernier, nous apprenons également le nom de ses grands-parents, Jean Baptiste Joseph Dujardin et sa femme Françoise Rocher, ou encore la ville et la date de mariage de ses parents. [↩]
P. Larousse, «DUJARDIN (Félix)», Grand dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique…. T. 6, 1870,p. 1364 ; J. Brossollet, «DUJARDIN Félix (1801-1860)», Universalis. [↩]
Selon l’ouvrage de Larousse précédemment cité, Félix est décrit comme « fils d’un pauvre horloger ». [↩]
Le département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF conserve dans son « médaillier des faux » une petite série de sept pièces d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine1. Au droit figure un buste voilé de la reine, identifiée par la légende grecque « KΛEOΠATPA AIΓIΠTOY BAΣIΛIΣΣA », soit « Cléopâtre reine d’Égypte ». Au revers apparaît la tête de Marc Antoine, comme l’indique « M. ANT. » (abréviation de « ΜΑΡΚΟΣ ΑΝΤΩΝΙΟΣ »), accompagnée de l’inscription « APMENIAN KATAΔOYΛΩΣ ».
Il apparaît immédiatement à toute personne un peu familière des monnaies grecques et romaines qu’il ne peut s’agir de pièces antiques.
Pièce d’argent à l’effigie de Cléopâtre et Marc Antoine, XVIe siècle. Argent, 10.77 g, 23 mm, 6 h (BnF, MMA, AA.GR.692)
Le département de la Musique de la BnF a acquis en 2025 un projet de décor de Jean-Baptiste Isabey pour L’Enfant prodigue, un ballet-pantomime du chorégraphe Pierre Gardel, créé à l’Opéra de Paris en 1812. Auparavant conservé en région lyonnaise chez un particulier, ce dessin a fait son apparition sur le marché de l’art à la faveur d’une succession. Passé en vente chez Aguttes le 1er avril 20251, il a pu être préempté par la Bibliothèque nationale de France et rejoindre les collections de la Bibliothèque-musée de l’Opéra. Jusqu’à cette date, il n’était connu qu’indirectement, par une estampe publiée en 1830, et par le dessin préparatoire à celle-ci qu’avait réalisé le gendre d’Isabey : Pierre-Luc-Charles Cicéri. Ce dessin vient donc enrichir la documentation existante et compléter une lacune importante en s’ajoutant aux deux autres projets d’Isabey connus pour ce même spectacle. On se propose, dans le présent billet, de faire un état des lieux de l’iconographie relative à ce spectacle et de pénétrer dans l’atelier du peintre afin de mieux comprendre comment, sous l’Empire, l’égyptomanie trouvait son illustration sur la première scène lyrique et chorégraphique.
Vous avez visité le musée de la BnF… mais avez-vous vraiment tout vu ? Regardez de plus près – et voyez comme on ne les a jamais vus ! –, certains des chefs-d’œuvre de la collection des vases du département des Monnaies, médailles et antiques en suivant les étapes et en découvrant les enjeux de leur restauration.
Son format démesuré et son sujet exceptionnel ont mérité au grand skyphos du Peintre de Penthésilée l’attention des chercheurs (voir billet précédent). Pourtant, sa trajectoire heurtée, d’accidents en expédients, n’est pas le moindre de ses intérêts, comme sa restauration récente a permis de l’établir !
« Restored »1 prononçait sobrement John Davidson Beazley (1885-1970) à propos du grand skyphosdécoré par le Peintre de Penthésilée : de la vasque monumentale et des facéties des satyres, que révoquer en doute ? Et pourquoi la nécessité d’une restauration d’ampleur s’est-elle imposée au XIXe siècle ? L’étude préalable à un traitement curatif suivie de la restauration fondamentale du vase par Marie-Christine Nollinger en 2020 et 20212 ont révélé les indices de l’histoire matérielle mouvementée de ce vase, d’une officine athénienne à l’atelier d’un restaurateur italien, quelque quatorze siècles plus tard (fig. 1).
Nombreux sont les dossiers conservés à la Bibliothèque nationale de France qui réservent encore leur lot de surprises, en particulier lorsqu’ils relèvent d’un fonds aussi riche et important que celui d’Auguste Mariette (1821-1881)1 — légendaire égyptologue et pionnier de l’archéologie de terrain en Égypte, notamment célèbre pour la découverte du Sérapéum de Memphis.
Dans le cadre d’une recherche consacrée à la nécropole memphite au Ier millénaire avant notre ère, l’auteur a mené, en décembre 2024, une enquête approfondie au sein des collections de la BnF. L’objectif était d’identifier des documents graphiques (plans, croquis, dessins, vues) susceptibles de compléter notre connaissance du travail de terrain de Mariette à Saqqara, en particulier autour de la découverte du Sérapéum. Cette démarche s’inscrit dans la lignée des études menées par Thomas Lebée sur la correspondance de l’archéologue, ainsi que du remarquable travail de mise à disposition et d’analyse des archives de Mariette associées aux objets conservés au musée du Louvre, sous la direction d’Élisabeth David.
En mars 2011, les descendants du célèbre égyptologue Émile Prisse d’Avennes (1807-1879) à qui l’on doit l’entrée dans les collections françaises du papyrus Prisse et de la Chambre des Ancêtres de Thoutmosis III, découvrent l’exposition rétrospective sur leur illustre ancêtre à la Bibliothèque nationale de France (BnF)1 À la suite de cette visite imprévue, ils décident de faire don à la BnF d’une partie de leurs archives familiales. La boîte à dessin de l’égyptologue, ainsi que quantité de documents divers répartis dans une dizaine de boîtes intègrent dès lors le magasin des Nouvelles acquisitions françaises du département des Manuscrits, sous le numéro d’inventaire NAF 28672. Cet ensemble correspond en fait aux archives du fils d’Émile Prisse-d’Avennes, Émile Maxime (1852-1924). S’il est bien moins connu que son géniteur, ses papiers personnels offrent toutefois un grand intérêt, et pas uniquement pour qui s’intéresserait à l’égyptologue que fut son père.
1. « Fils de … » : celui qui vénérait l’image de son père
Émile Maxime naît le 23 janvier 1852 à Paris de l’union d’Émile Prisse d’Avennes et de Marie-Euphémie-Joséphine Bisiaux. Il reçoit son deuxième prénom en l’honneur du grand ami de son père, Maxime Du Camp (1822-1894), qui l’accompagna d’ailleurs pour déclarer la naissance de ce troisième fils2. Sa vie durant, il signera toutefois simplement Émile, de manière identique à son père.
« Monsieur Emile Prisse d’Avennes fils, Oncle de Gaston » (légende inscrite à l’arrière). Photographie par L. Larger, Paris, NAF 28672 (2-6).
Aujourd’hui nous allons plonger dans la partie la plus ancienne des collections latines de la Bibliothèque nationale pour étudier les soubassements antiques d’un manuscrit médiéval, le Latin 12161. Ce manuscrit à l’abord un peu dissuasif abrite en effet des richesses insoupçonnées. À travers ses strates et des fragments qu’il faut reconstituer patiemment, nous allons pouvoir remonter du haut Moyen Âge à l’Antiquité, en voir différents aspects, et approfondir notre perception des rapports entre ces deux périodes. Cela nous permettra de contempler les destinées hasardeuses des textes antiques et de comprendre qu’un livre peut être un véritable objet archéologique.
Les scriptoria de l’époque mérovingienne et la pratique des « parchemins raclés »
Le Codex Parisinus latinus 12161, anciennement N. 1278, provient de l’abbaye de Corbie dans la Somme, qui faisait alors partie de la Neustrie.
Abbaye de Corbie, gravure de 1677, extrait du Monasticon Gallicanum (p.5). Source : Gallica
Fondée vers 657/661 par la reine des Francs Bathilde qui y installa des moines de l’abbaye de Luxeuil, elle fut un des grands centres culturels médiévaux avec une culmination à l’époque carolingienne, un lieu qui accueillait et produisait de nombreux manuscrits. Ce manuscrit remonte aux premiers temps de l’abbaye : on y trouve sur 236 pages1 , dans une écriture cursive mérovingienne du VIIe siècle, le Catalogue des hommes illustres (De viris illustribus) de Jérôme 2 et Gennade, composé entre la fin du IVe s. et le milieu du Ve s., qui recense les auteurs chrétiens depuis la mort du Christ jusqu’à l’époque des auteurs. C’est un des témoins les plus anciens de cette œuvre incontournable des monastères médiévaux3.
Sans compter le feuillet final, feuillet de poésie rythmique médiévale qui pourrait avoir été composé par le premier abbé de Corbie, Théofrid (Norberg, 1954). [↩]
L’un des quatre docteurs de l’Église occidentale : Augustin, Ambroise, Jérôme, Grégoire le Grand. [↩]
Peter Brown, The Rise of Western Christendom, Paris, 1997, sur le « christianisme appliqué ». À l’Est et à l’Ouest on trouve des personnes très déterminées à transmettre l’héritage des premiers temps du christianisme, à travers des résumés synthétiques, des anthologies, des compilations encyclopédiques. Est créée aussi la notion de « Père de l’Église ». [↩]
En cette rentrée 2025, l’équipe du carnet L’Antiquité à la BnF vous propose des ressources en ligne ainsi qu’une sélection de conférences et d’expositions en cours ou à venir, en France et à l’étranger.
Bonne lecture et bonnes découvertes !
Costume d’Amnéris. Aïda : cinquante-quatre maquettes de costumes, pour une reprise non identifiée (début 20e s.) / par Charles Bétout et Marcel Multzer]. BnF, département Bibliothèque-musée de l’opéra, MUELLE-1 (AIDA). BnF/Gallica
En cette rentrée 2025, l’équipe du carnet L’Antiquité à la BnF vous propose des ressources en ligne ainsi qu’une sélection de conférences et d’expositions en cours ou à venir, en France et à l’étranger.
Bonne lecture et bonnes découvertes !
Costume d’Amnéris. Aïda : cinquante-quatre maquettes de costumes, pour une reprise non identifiée (début 20e s.) / par Charles Bétout et Marcel Multzer]. BnF, département Bibliothèque-musée de l’opéra, MUELLE-1 (AIDA). BnF/Gallica
La BnF conserve un ensemble de plus de cinq cents monnaies communément appelées « tortues ». Loin de désigner des spécimens zoologiques, cette appellation fait référence aux premières émissions monétaires de la péninsule grecque, frappées à partir du milieu du VIᵉ siècle av. J.-C. par la cité d’Égine, située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d’Athènes (voir fig. 1).
Ce monnayage, le plus important par son volume à l’époque archaïque, a très tôt débordé le cadre géographique du golfe Saronique pour s’inscrire dans une aire de diffusion méditerranéenne étendue. Il a circulé bien au-delà d’Égine, atteignant l’Italie méridionale, l’Asie Mineure et jusqu’à l’Égypte, et constitua un vecteur important des échanges économiques interrégionaux.
« Sapho, que l’on croyait depuis longtemps morte à Lesbos, est devenue modèle et pose, chez les peintres, l’ensemble, et tout ce qui s’ensuit ». Cet extrait d’un article du Journal amusant de 1897 porte sur la pièce lyrique Sapho de Jules Massenet, elle-même tirée du roman du même nom d’Alphonse Daudet (1884). On peut y lire que la poétesse grecque antique, connue pour ses chants présentant des amours entre femmes, est alors complètement réinterprétée comme un personnage de muse et de courtisane : elle fait l’objet de multiples représentations sur la scène parisienne de la fin du XIXe siècle. Nous chercherons ici à comprendre la place occupée par Sapho dans les cafés-concerts, moins connue que sa présence sur la scène lyrique. Il s’agira d’étudier l’interaction de la sexualisation de Sapho dans les spectacles parisiens de la fin du siècle avec l’émergence de la publicité de masse et de la presse comique.