Archive : Image du mois d’août 2026
Cet alabastre à figures rouges, daté du premier quart du Ve siècle av. J.-C., figure une jeune femme assise, contemplant la couronne qu’elle tient dans ses mains. Derrière elle, une servante tient un alabastre ; devant elle, un jeune homme lui tend une ceinture. Une inscription court autour du vase : « ΗΕ ΝΥΜΦΗ ΚΑΛΕ », « la mariée est belle ».

Sur ce vase, tout renvoie à l’univers du gynécée. C’est la jeune femme qui constitue le point focal de l’image, vers lequel convergent les autres personnages. Elle est placée dans un intérieur, que suggèrent les objets éminemment féminins qui l’entourent ; un voile est accroché au mur, et un kalathos, ou panier à laine, est posé à ses pieds. Même la forme du vase, qui trouve son écho dans celui que la servante semble donner à sa maîtresse, rappelle la sphère féminine ; l’alabastre devait contenir des huiles parfumées, employées par les femmes pour la séduction. L’image suggère la modestie, la délicatesse et le charme qui caractérisent la “femme parfaite” dans l’Athènes du Ve siècle av. J.-C.

Pourtant, l’équilibre de ce gracieux tableau est perturbé par l’irruption d’un homme. Sa chlamyde signale qu’il arrive de l’extérieur ; sa main tendue et son bâton pénètrent l’espace féminin, où il n’a pas sa place, en passant sous la palmette qui sépare les deux côtés du vase. Et pour cause : il offre à notre jeune femme une ceinture qui, assortie au voile et à la tunique, viendra compléter sa parure nuptiale. Car c’est bien à ses noces que notre jeune femme se prépare, dans une scène de toilette nuptiale remarquable par sa sobriété. Ici, nulle suite de femmes pour parer la « belle mariée » : seule la servante, et le fiancé, passent sous les palmettes pour interrompre sa méditation et lui donner les atours qui la rendront belle.

La ceinture est associée, dès l’époque homérique, à la désirabilité d’une jeune épousée au soir de ses noces : c’est le moment où son mari viendra lui « dénouer la ceinture », qui concrétisera la consommation de l’union. Le kalathos et le voile rappellent quant à eux le statut d’épouse qui sera le sien dans le foyer. On attendra d’elle qu’elle consacre ses journées à filer et tisser la laine, en ne quittant que rarement le gynécée, et ne sorte jamais sans le voile qui signale sa pudeur et sa vertu. Mais surtout, comme le kalathos reçoit la laine, il lui faudra recevoir, puis mettre au monde, de futurs citoyens. Dans le geste du fiancé se joue donc la promesse, tant érotique pour lui qu’elle est symbolique pour elle, du moment qui fera de la « belle mariée » une femme accomplie aux yeux de la cité.
Cet alabastre peut donc être lu de deux façons, selon le sens dans lequel on le tourne. Le spectateur peut suivre le point de vue de la femme, et découvrir avec elle son futur époux, qui lui apporte le symbole de leur union. Il peut aussi adopter le point de vue du jeune homme, en entrant avec lui dans les quartiers de sa fiancée pour la surprendre à sa toilette.
Avant de faire partie de la collection Opermann, puis de celle de la BnF, cet objet de prestige devait faire partie des cadeaux de mariage offerts à la jeune épousée, qui a pu s’en servir lors de ses propres préparations nuptiales.
Margot Mongruel
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Margot Mongruel (1 septembre 2026). « La mariée est belle ». Un alabastre nuptial à figures rouges de la collection Oppermann. L’Antiquité à la BnF. Consulté le 4 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16pg8