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Le 25 septembre 1925, à Marseille, le Champollion, nouveau fleuron des Messageries Maritimes s’élance sur les flots ; il fait la fierté de la compagnie avec le Louqsor (1904), le Sphinx (1914), le Pierre Loti (1921), le Mariette-Pacha (1925) ou encore le Théophile Gautier (1927), paquebots dont les noms reflètent la passion française pour l’Égypte.
Le Champollion, avec son « sistership » Théophile Gautier, assure le service des « lignes d’Égypte ». Il accueille aussi bien les touristes en partance pour la vallée du Nil, les pèlerins se rendant en Terre Sainte que les fonctionnaires coloniaux rejoignant leur poste : partant de Marseille, il traverse la Méditerranée en 4 jours pour faire étape à Alexandrie, à Port-Saïd pour terminer à Beyrouth. Il peut embarquer « 10 passagers de luxe, 178 de première classe, 133 de deuxième classe et 500 émigrants » (Revue commerciale du Levant, 1er janvier 1924).

En 1934, le navire est rallongé au niveau de la proue et ses capacités de vitesse sont améliorées :

Outre ses prouesses techniques, la presse de l’époque souligne l’aspect luxueux des intérieurs du paquebot, répondant aux attentes d’une clientèle aisée qui apprécie de traverser la Méditerranée dans des conditions de confort optimales. Le décor « à l’égyptienne » de la première classe du Champollion, comme celle du Mariette–Pacha, mêle ainsi art déco et influence égyptomaniaque, ravivée par la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922. Les parois sont ornées de panneaux évoquant l’Égypte ancienne, notamment du peintre Jean Lefeuvre, ou d’une vue de la Vallée des rois, alternant avec des statues de reines et des frises de motifs floraux. Dans la salle à manger des premières classes, les convives sont entourés de colonnes et de scènes copiées sur les bas-reliefs des tombes, tandis que les salles de bains des cabines de luxe sont ornées de mosaïques.

Cet art de la navigation à la française s’exprime jusque dans la composition des menus gastronomiques. Comme le résume un article de 1952 : « [Le Champollion] est le type véritablement parfait du confort moderne de l’art français et du bon goût de nos ingénieurs » (L’Écho, 30 août 1952).
Toutefois, au-delà des croisières luxueuses, le paquebot a aussi servi en 1933 à transporter des juifs allemands se réfugiant en Palestine ou plus tard, en 1952, les dépouilles de soldats des Forces Françaises Libres morts en Égypte.
Le 22 décembre 1952, le paquebot s’échoue près du port de Beyrouth : la catastrophe et les vaines tentatives de sauvetage durant 36 heures sont suivies par la presse du monde entier. Finalement trois marins libanais, les frères Baltagi, parviennent à secourir la plupart des passagers. Il y eut 17 victimes. L’épave du paquebot est mise aux enchères l’année suivante, sonnant ainsi la fin d’une certaine idée des croisières en Méditerranée.
Bibliographie
- E. Bréon, « Tout en paquebot », dans J.-M. Humbert (dir.), Art déco-Egyptomanie, Norma éditions, 2022, p. 57-63.
- P. Patarin, Messageries maritimes : paquebots et voyageurs du passé, Éd. “Ouest-France”, 1997, p. 26-29.
Pour aller plus loin
- Sélections Gallica – Compagnies maritimes et paquebots emblématiques
- « Le naufrage du Champollion à Beyrouth ou la tragédie sur la plage », Affaires sensibles, France Inter, 29 décembre 2025. 48 mn.
- « L’épopée des Messageries Maritimes : l’Orient pour horizon », site « French Lines et compagnies ».
- Site personnel « L’Encyclopédie des Messageries maritimes », avec de nombreux clichés de l’intérieur du paquebot.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Hélène Virenque (1 août 2026). Le Champollion : paquebot, luxe et égyptomanie. L’Antiquité à la BnF. Consulté le 9 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16ndd